Amener les 15-16 Juin 1970 jusqu’à aujourd’hui- Entretien avec Arzu Atabek Çerkezoğlu

15 et 16 juin 1970, deux dates importantes durant lesquelles la classe ouvrière en Turquie sort dans les rues pour défendre son droit syndical. Les autorités, qui à cette époque voulaient réprimer la montée du mouvement de la classe ouvrière, veulent de même aujourd’hui faire pression sur les organismes de la classe ouvrière et ses dynamiques émergentes. Grâce à l’expérience acquise durant les 15 et 16 juin 1970, le DISK (Confédération des syndicats des ouvriers révolutionnaires) soutient la résistance du peuple qui a débuté le 27 Mai et qui s’est étalée par la suite dans tout le pays.

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Les 15 et 16 juin 1970 sont deux dates très importante dans l’histoire de la classe ouvrière en Turquie.  Durant ces deux jours, cette classe s’est révoltée pour lutter contre l’oppression des mouvements de la classe ouvrière et syndical. Des milliers d’ouvriers dans des centaines d’usines à Istanbul se sont rassemblés dans les rues pour manifester contre un projet de loi pour fermer DISK.  Nous accueillons l’anniversaire des 15 et16 Juin par une résistance qui durent depuis 19 jours dans tout le pays.
La résistance, qui a commencé le 27 mai contre l’assaut du parc Gezi, s’est vite transformé en une résistance populaire contre le gouvernement du AKP. Les organisations syndicales ont aussi pris leur place dans la résistance. Les efforts pour abroger les droits du travail et l’hostilité à l’égard de la classe ouvrière ont aussi eu un impact majeur sur la colère contre l’AKP.
Aujourd’hui, la classe ouvrière aussi bien que les syndicats organisés dont elle fait partie sont face une attaque imminente qui se rapproche de celle du 15 et 16 Juin 1970. Mais cette fois, contre une nouvelle forme d’attaque.  Il existe deux exemples de grèves récents qui illustrent cette nouvelle forme d’agression. Premièrement, la grève du Hava- İş au sein du THY, qui est toujours en cours, est exposé à la corruption, aux menaces et aux affronts des autorités. Et deuxièmement l’intervention directe du Premier ministre dans la grève de ÇAYKUR où les choses sont arrivées jusqu’à dire que “si le président du Tek Gıda-İş démissionne le problème sera résolu”.
Durant cette période où la résistance de Gezi est le principal ordre du jours et la résistance populaire contre le gouvernement est devenue un symbole majeur, nous avons réalisé un entretien avec la Secrétaire général du DISK Arzu Atabeg Çerkezoğlu la veille de l’anniversaire des 15 et 16 Juin 1970 pour discuter cette nouvelle forme d’attaque sur le front de l’emploi.
Commençons tout d’abord par le constat des faits prononcé par Arzu Çerkezoğlu: “Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a 40 ans. A une époque où le chômage et le travail au noir voient une telle hausse et deviennent si dominants, et où le travail flexible et précaire est dorénavant le mode de travail principal, il est évident que les conditions de travail sont devenues inhumaines et l’intervention gouvernementale est devenue d’autant plus brutale”
Çerkezoğlu affirme que le gouvernement du AKP pratique depuis dix ans une politique de capitale qui a pour but d’éliminer tous les droits du travail acquis à ce jour, de transformer le pays en «une république des sous-traitants”, d’ignorer pratiquement les droits et les libertés syndicaux, de même proscrire le droit de compensation selon l’ancienneté, et ainsi de transformer la Turquie en un paradis de main-d’œuvre pas cher. Çerkezoğlu met l’accent sur le fait que la destructivité du néo-libéralisme se fait sentir dans tous les services publics, de l’éducation jusqu’à la santé, et souligne que tout ceci résulte de l’effort pour mettre en pratique le concept d’un gouvernement autoritaire où chaque mot prononcé par le Premier Ministre a une valeur de loi, où les demandes et la volonté du peuple sont ignorées, et qui va jusqu’à s’interférer dans la vie privé edes gens en indiquant le nombre d’enfants que les femmes doivent avoir. Elle indique que la Résistance de Gezi dévoile principalement la colère et la réaction du peuple contre ces mesures.
Elle affirme que l’autoritarisme du gouvernement du AKP, qui affecte chaque aspect de la vie et de la lutte, se poursuit dans la discréditation du mouvement syndical et cible les organisations. Cette autoritarisme est visible dans le cas du Parc Gezi où la réglementation des espaces public se fait dans l’intérêt du secteur privé, dans les attaques contre les avocats qui signifie l’abolition du droit à la défense, et de même au niveau de la violence de la police qui dure depuis dix-neuf jours et qui implique l’oppression de la liberté de pensée et d’expression.
Çerkezoğlu souligne qu’aujourd’hui a lieu une attaque qui cible tous les organismes syndicaux et politique, et qui a pour but la désyndicalisation de la classe ouvrière. Elle récapitule la question sous deux aspects: ” Premièrement il s’agit d’élimination de facto les droits et les libertés syndicaux par la sous-traitance et les emplois précaires.  Sur le papier tout le monde a le droit d’adhérer à un syndicat, mais le taux de syndicalisation reste dans les 9%. Deuxièmement, les syndicats combatifs, qui existent dans cet atmosphère où les droits syndicaux sont limités, sont directement ciblés.” Çerkezoğlu donne l’exemple de ce qui s’est passé pour Çaykur et Hava-İş, et attire l’attention sur le fait le secteur de métaux encourt les mêmes risques. “Non seulement les grèves ont fortement diminué durant la dernière décennie mais aussi il y a un effort pour rendre les grèves en cours invalide. Ces droits si limités, les organisations et les syndicats qui les défendent, connaissent aujourd’hui un processus de ciblage.”
Tous dans les rues pour soutenir la résistance dans l’esprit des 15 et 16 Juin
Par conséquent, les valeurs historiques et symboliques, comme être présent sur la place Taksim le 1er mai, comme se battre pour obtenir la Place Taksim et toutes les autres places du pays durant la Résistance de Gezi, comme les 15 et 16 Juin,  acquièrent une très forte signification actuelle durant un tel processus. Le gouvernement, qui a tenté de faire pression sur les ouvriers qui s’étaient rebellés contre la désyndicalisation à l’époque des 15 et 16 Juin 1970, essaye aujourd’hui d’interrompre le mouvement syndical de la nouvelle masse des travailleurs précaires. La classe ouvrière doit maintenir sa fermeté lorsque le gouvernement joue son rôle historique. Çerkezoğlu déclare que “nous n’avons oublié ni nos droits, ni comment résister et lutter”. A ceci, elle ajoute qu’il est nécessaire de développer dans cette résistance une approche qui révèle les principaux objectifs de la résistance actuelle et qui évoque l’époque des 15 et 16 Juin 1970.
Il est inévitable de bâtir l’ensemble du combat et les 15 et 16 Juin sur la devise “lutter et rendre la résistance et l’organisation syndicale plus fortes” quand l’insécurité, la sous-traitance et les segments organisés du pouvoir politique induisent un plan de liquidation des syndicats.
15-16 juin, ce qui s’est passé?
Réponse à l’oppression dans la rue
Les années 1950 durant lesquelles Türk-İş a été fondé, représentent les années où l’exode rural acquiert une accélération, les masses vident les villages pour atteindre les grandes villes et former la classe ouvrière dans les usines de l’industrie lourde de cette époque. Cependant, Türk-İş qui était guidé par l’état et qui était en faveurs du secteur privés, n’était pas en mesure de satisfaire les exigences et le dynamique de cette grande masse d’ouvriers. Ainsi, le DISK s’est formé en 1967, suite à la réaction au sein de la classe ouvrière contre le concept syndical de Türk-İş, mais il n’a pas fallu longtemps pour qu’il devienne une cible. Avec le soutien de Türk-İş, le gouvernement a visé la création d’un monopole syndical en altérant les lois 274 et 275, éliminant ainsi la liberté de choisir un syndicat, et par conséquent d’écarter complètement le DISK. Le ministre du Travail Seyfi Öztürk, déclarait clairement que: “le DISK sera entièrement neutralisé avec le nouveau projet de loi. Il est inconcevable de reconnaître le droit pour la grève générale tant que le DISK existe.”
Dans ces circonstances, le projet de loi n ° 274 qui est arrivé au Parlement le 11 Juin 1970,  a été accepté seulement en trois heures et demie et a été envoyé au Sénat de la République par la suite. Le président général du DISK Kemal Türkler, a annoncé le 12 Juin que: “Dans notre pays, les fondements du syndicalisme fasciste se mettent en place. La dictature syndicale reconnue à Türk-İş va apporter  l’oppression, la terreur et l’angoisse à la vie active.”
Il a été décidé que des comités pour la résistance constitutionnelle présidé par Kemal Nebioğlu, et une délégation d’avertissement dirigé par le président général du DISK Kemal Türkler seraient instaurés. D’autre part les représentants du DISK se réunissaient. Le 14 Juin 1970 la Chambre des Représentant du DISK s’est réunie et a pris la décision d’arrêter la production et d’entamer une démonstration à partir du 15 Juin.
Ni la loi, ni la barricade de la police affecte l’ouvrier en résistance
Les 15 et 16 Juin 1970,  les ouvriers dans de nombreuses villes ont vidé leurs lieux de travail et les usines pour manifester pendant deux jours contre le gouvernement. Les ouvriers ont complètement cessé la production dans toutes les usines à Istanbul et dans les départements voisins pour lutter contre les prohibitions amenés pour les syndicats, les associations, et les droits des ouvriers. Des ouvriers membres d’autres syndicats indépendants et certains ouvriers employés par les usines où Türk-İş s’étaient encré, ont aussi participé à la démonstration.
Le gouvernement et le secteur privé ont tout essayé pour empêcher le nombre croissant d’ouvriers dans les rues d’Istanbul. Certaines usines, sur lesquelles le DISK n’avait aucun impact, ont verrouillé leurs portes afin d’empêcher la réunion de leurs ouvriers avec les ouvriers membres du DISK. Cependant, les travailleurs bloqués dans les usines pendant toute la journée ont quand même arrêté la production. Le service de traversier a été annulé, et le pont de Galata a été ouvert afin d’éviter la réunion des ouvriers. (Ce même pont de Galata a été ouvert le 1er mai 2013 afin d’empêcher l’accès à la Place Taksim.)
Les manifestations se sont poursuivis le 16 Juin grâce au nombre croissant d’ouvriers dans les rues. Les ouvriers, dans un cortège de 2-3km, ont continué leur marche au-delà des barricades de la police. Après que la police ait ouvert le feu trois ouvriers sont morts et des centaines ont été blessés. La loi martiale a été déclarée le soir du 16 Juin 1970. Malgré la déclaration de la loi martiale et l’appel des troupes pour aider les employeurs à réinstaurer le travail, les démonstrations ont continué dans plusieurs lieux de travail. Une grève a aussi eu lieu à Izmir pour protester contre le projet de modification de la loi.
Suite à la déclaration de la loi martiale, les détentions et les arrestations ont débuté. Des milliers de membres du DISK ont été licenciés. Toutefois, la loi qui restreignait l’organisation syndicale a été annulée grâce à cette résistance.
Çeviri: Pınar Özfırat

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